Tumeurs rares neuroendocrines

Une thérapie ciblée dans les tumeurs neuroendocrines rares

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 Pour la première fois, un essai académique international, FIRSTMAPPP (FIrst International Randomized STudy in MAlignant Progressive Pheochromocytoma and Paraganliomas), randomisé, mené en double aveugle par Gustave Roussy et présenté en séance présidentielle au congrès de l’ESMO, parvient à démontrer, dans un essai de phase II, l’efficacité du sunitinib, anti-angiogénique, inhibiteur de tyrosine kinase, contre des tumeurs neuroendocrines malignes et rares, les paragangliomes et les phéochromocytomes métastatiques.

Les tumeurs neuroendocrines (TNE) rares sont associées dans 40 % des cas à une prédisposition héréditaire. L’incidence annuelle des paragangliomes, qui se développent dans les cellules endocrines paraganglionnaires, le long des axes vasculaires et nerveux, depuis la tête et le cou jusqu’au bassin, en passant par la colonne vertébrale et l’abdomen, est de 1 pour 100 000. Celle des phéochromocytomes, qui se développent dans la partie centrale des glandes surrénales (médullosurrénale), de 1 pour 500 000. « Quinze pour cent des personnes atteintes développent une forme métastatique dont la moitié évoluent rapidement », a expliqué le Dr Éric Baudin (chef du comité des tumeurs endocrines, Gustave Roussy). Difficiles à diagnostiquer, parce qu’elles nécessitent des bilans d’imagerie complexes, leur évolution est également difficile à prédire.

Pour ceux chez qui la progression est significative, les options thérapeutiques se limitent à la radiothérapie interne vectorisée, associée ou non à une chimiothérapie classique (dacarbazine ou témozolomide), « dont l’efficacité est mal évaluée puisqu’elle ne repose que sur des études rétrospectives ou de rares phases II », a affirmé l’expert.

Des manifestations fonctionnelles à surveiller de près

Traiter ces pathologies rares, de même qu’évaluer les options thérapeutiques, se heurte à une complexité supplémentaire. Qu’elles soient ou non évolutives, « elles ont la particularité d’induire de lourdes comorbidités en rapport avec les sécrétions hormonales, qui pour 10 % à 30 % des patients peuvent se révéler plus mortelles que la maladie elle-même », a poursuivi le Dr Éric Baudin. Certains paragangliomes sécrètent en effet des hormones, le plus souvent des catécholamines, causes d’hypertension artérielle et/ou de constipation majeure, pouvant évoluer jusqu’à la perforation intestinale. Ces manifestations fonctionnelles de la maladie, très surveillées, nécessitent des traitements spécifiques. « Leur risque exige la plus grande prudence, lorsque l’on mène un essai, sur les interactions entre médicament et sécrétions hormonales ».

Un objectif atteint en termes de survie sans progression dans le groupe sunitinib

L’essai FIRSTMAPPP de phase II, randomisé, contre placebo, a inclus 78 patients, d’un âge médian de 53 ans, à partir de décembre 2011. Le critère d’évaluation principal portait sur la survie sans progression à 12 mois. « Notre hypothèse de départ était que le traitement parvienne à la doubler (de 20 % à 40 % environ) par comparaison au groupe placebo. Pour conclure que le sunitinib était efficace, il fallait que la survie sans progression de la maladie soit observée sur 11 patients, au moins, sur les 37 du bras sunitinib. L’objectif a été rempli, puisqu’il a finalement été atteint pour 14 de ces patients, avec 35,9 % de survie sans progression dans le groupe sunitinib », a expliqué le Dr Éric Baudin.

Avec 18,9 % de survie sans progression seulement dans le groupe placebo. Les effets secondaires du traitement se révèlent globalement acceptables, le plus fréquemment limités à de la fatigue (18 %) et à une exacerbation de l’hypertension artérielle (10 %).

Le sunitinib, indiqué dans les cancers du rein avancés ou métastatiques, et les TNE du pancréas, devrait désormais devenir également le traitement de référence pour les patients qui souffrent de paragangliomes et de phéochromocytomes de forme maligne et évolutive.

 

Dr Sylvie Le Gac

D’après la présentation en session présidentielle à l’ESMO 2021 et le communiqué de presse de Gustave Roussy, Villejuif.

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